Histoire du sport au Maroc

L’histoire du sport au Maroc

 

Réalisé par : Saïd ZERZOURI

Docteur en éducation physique de l’Université Libre de Bruxelles

Octobre 2006

SOMMAIRE

Introduction:…………………………………………………………………………………………………………………….2

Vers 5000 avant J.-C., Les Berbères antiques:………………………………………………………………….3

Au XIème siècle avant J.-C., les Phéniciens:……………………………………………………………………..3

Au IXème siècle avant J.-C., Les juifs au Maroc:……………………………………………………………….4

Au IIème avant J.-C., les romains (l’ère chrétien):…………………………………………………………….5

Au VIIème siècle la conquête arabo-musulman:……………………………………………………………..7

Le début du XXème siècle, le protectorat Français et les sports modernes:…………………12

Le sport au Maroc pendant le protectorat (1912-1956):…………………………………………………12

La période de 1912 à 1940:………………………………………………………………………………………………13

La période de 1940 à l’indépendance (1956) :…………………………………………………………………14

Le sport et nationalisme:…………………………………………………………………………………………………15

De l’indépendance à nos jours :………………………………………………………………………………………18

De l’indépendance aux années 80 :…………………………………………………………………………………19

Des années 80 à nos jours:……………………………………………………………………………………………..20

Conclusion:………………………………………………………………………………………………………………………21

Bibliographie:……………………………………………………………………………………………………………………22

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Introduction:

Le Maroc est le seul pays arabe qui s’ouvre sur la méditerranée et sur l’atlantique. Son histoire est très ancienne, sa culture est un mélange de celle des premiers habitants de l’Afrique du nord ou du Maghreb qui sont des berbères et celles des autres civilisations qui l’ont conquit : phéniciens, juifs, romains, arabes et au XXème siècle les occidentaux (France et Espagne). Chacune de ces civilisations a apporté, aux indigènes, sa culture, son style de vie, ses loisirs,…. Pour pouvoir parler de l’histoire culturelle du Maroc il faut reprendre possession de son passé et chercher dans les très rares publications qui racontent le mode de vie ludique ou sportif dans ce pays depuis l’antiquité. Il est certain que l’attachement ou le sentiment national risque d’idéaliser le passé, mais ce qui est logique c’est d’analyser les différentes civilisations qui s’y sont installées et qui ont contribué de près ou de loin à la culture de l’ancien Maroc. En se basant sur le fait que le sport est le résultat d’une codification et institutionnalisation de certains jeux préexistants chez différentes ethnies ou civilisations, nous allons étudier les jeux physiques (ou sports antiques), puisque le mot sport est récent, de toutes les civilisations installées au nord de l’Afrique et en particulier au Maroc pour des raisons commerciales ou religieuses afin de bien connaître l’histoire du sport dans ce pays. Après avoir été envahit par les grecs, le Maroc était judaïsé puis christianisé avant de passer à la foi nouvelle au VIIème siècle par les Arabes venant d’Orient pour islamiser tout le Maghreb. Les berbères ont subit alors des courants, des cultures et des modes de vie différents à les leurs. D’après le témoignage de P.E. Ohl (1977), «de l’égyptien au sumérien, à l’assyrien, au phénicien, à l’égéen, au grec ; du romain au byzantin, au chinois, au japonais, à l’indou et au musulman jusqu’à l’émergence de l’époque moderne, l’empreinte du culte du sport a été omniprésente». Mais il est difficile de faire une comparaison entre le sport antique pratiqué par les différentes civilisations et le sport moderne même s’ils existent des similitudes entre les deux activités, le premier servait les peuples pour des raisons de survie et militaire. Pour être considérer comme un bon citoyen, il fallait être un bon guerrier par conséquent très sportif, la compétition et le combat faisaient partie de leur vie de tous les jours, les activités physiques étaient indissociables de leur mode de vie. Ce qui importait dans l’antiquité c’était la victoire plus que la performance. Les performances modernes sont plus directement liées à l’apport monétaire (VANOYEKE V., 1992). Il est claire que chez les premiers habitants de l’Afrique du nord existaient des jeux de divertissements faisant appel à des activités physiques ou organiques, qui se sont développés ou associés à ceux des civilisations arrivées de l’occident ou de l’orient pour constituer ce que nous pouvons appeler l’histoire du sport de ce pays. Berceau d’une civilisation arabo-mauresque, authentiquement musulmane, le Maroc n’a pas manqué, de par sa position stratégique à la croisée des grands chemins, de se tailler une image de tolérance et de libéralisme qui allait l’ériger en point de rencontre des courants de pensée et en terrain de prédilection des innovations génératrices de progrès. Comme dans de nombreux autres domaines, activités productives mais aussi divertissement organisés, la pratique sportive, par ses nobles appels à l’exercice assidu et à la compétition loyale, devait trouver dans le tempérament des sujets marocains des prédispositions à en faire de fervents adeptes.

Les civilisations du bassin méditerranéen ont su développer à travers les âges l’esprit de compétition et donner de larges échos aux exploits humains. A l’apogée de chacune de ces civilisations, comme dans les moments les moins fastes, les exploits des peuples riverains de la Méditerranée ont forgé une nouvelle forme de culture et inspiré les poètes.

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Vers 5000 avant J.-C., Les Berbères antiques:

L’origine de la population du Maroc est communément qualifiée de «Berbère», comme pour le reste de l’Afrique du nord. Mais il n’existe pas de caractères somatiques héréditaires communs permettant de définir une «race» berbère. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, dès l’époque historique avant toute invasion, le peuplement de l’Afrique du nord était qualifié de berbères, terme sans doute expressif et sûrement importé : du latin d’abord, de l’arabe ensuite (MONTEIL V., 1962). Cette population était très primitive mais elle possédait sa propre langue pour communiquer et sa propre culture qui risque de fusionner avec des autres ultérieurement.

Traditionnellement, les berbères vivaient grâce à la chasse et à la pêche, ces deux dernières activités avaient manifestement un rôle utilitaire et non ludique et pour les pratiquer il fallait être physiquement très sportif. Ils avaient aussi un mode de vie nomade, ils émigraient d’une région à l’autre suivant le cycle naturel de pâturage, des sources d’eau et un abri. Pierre DE COUBERTIN disait qu’il était plus naturel à l’homme primitif de s’emparer d’un bâton ou même de lutter simplement corps à corps ou encore à chercher à frapper par le jet d’une pierre. Malgré le très peu de documentations traitant les loisirs ou la culture sportive chez les berbères, nous avons trouvé que ces derniers pratiquaient avec une très bonne maîtrise la «fronde» (UMMINGER W., 1962), certains chercheurs se demandaient si ce n’est pas les berbères qui ont inventé ce jeu, mais on a découvert cette pratique chez des autres populations antiques. La fronde est une arme de jet, très précise utilisée par les anciens polynésiens lorsqu’ils partaient à la guerre. Nous avons aussi découvert que les berbères antiques, pratiquaient le football sûrement sans comparaison à la pratique actuelle. D’après l’auteur du livre «le football au Maroc» (GHIZLANZONI L., 1994), le grand voyageur Herodote, vers 480 avant J.C, a mentionné que ce sport, appelé «Takurt», était répandu chez les berbères et pratiqué tant par les hommes que par les femmes sans préciser la manière de le pratiquer ni l’objet avec lequel on le pratiquait. En tout cas, nous savons que les premiers habitants du nord d’Afrique et plus particulièrement du Maroc avaient des loisirs ou des pratiques ludiques et sportives avant même l’arrivée des Phéniciens.

Au XIème siècle avant J.-C., les Phéniciens:

Les Phéniciens, commerçants entreprenants, s’installent sur les côtes du Maroc dès le XIème siècle avant J.-C. et fondent des ports-comptoirs comme Tingi (Tanger) ou Lixus (Larache) Anfa … Sala Colonia. Les Phéniciens ont laissé des traces de leur présence marquées sur des poteries repérées sur l’île d’Essaouira vers 500 avant J.-C.. Pendant deux siècles, le Maroc est le marché punique de l’or de Guinée. Les Phéniciens sont présentés, selon Briquel-Chatonnet F. et coll. (1998), comme étant des artisans habiles, qui confectionnent notamment des objets de bronze finement travaillés et tissent de belles étoffes teintes aux couleurs chatoyantes de la pourpre, mais aussi des marins chevronnés et des commerçants retors. Les améliorations de leurs vaisseaux et des techniques de navigation leur permirent, entre les XIIème et VIIIème siècles avant J.-C., de prendre une nette avance sur leurs rivaux. Ils n’hésitaient pas à affronter la haute mer ; la boussole n’existait pas alors, leurs pilotes se repéraient grâce à la petite Ourse, que les Grecs nommaient précisément «la phénicienne», ce qui prouve qu’ils pratiquaient aussi la navigation nocturne (DECRET F., 1977). Ce témoignage nous montre que les Phéniciens devaient maîtriser la natation pour pouvoir s’engager dans le commerce le long de la méditerranée, ils étaient très forts pour pouvoir lutter contre les vagues des mers agitées et conduire leurs navires à bord sans dégâts. Ils pratiquaient aussi la pêche et la chasse pour des raisons de survie. Selon UMMINGER W. (1962), les guerres à cette époque là étaient considérées comme inévitables et chaque homme libre se voyait juger sur la manière dont il faisait preuve comme guerrier et un bon guerrier

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était toujours un bon sportif. Selon ce même auteur, les Israélites croyaient que la fronde était une invention des phéniciens. Il y avait des unités de lanceurs de fronde non seulement chez les Israélites mais dans les forces armées des Egyptiens, des Assyriens, des Perses, puis, plus tard, des Grecs, des Macédoniens et des Romains. Les frondeurs dans l’armée égyptienne étaient des auxiliaires qui étaient recrutés dans la région de Palestine où nous pouvons reconnaître chez les Phéniciens, les Hébreux, les Israélites et les Syriens une prédilection pour la fronde. Tout ceci est une preuve d’existence d’une pratique sportive de guerrier aux environs du Xème siècle avant J.-C. au Maroc. Pendant cette même période phénicienne, il y a eu aussi une forte immigration de la communauté juive au Maroc pour diverses raisons.

Au IXème siècle avant J.-C., Les juifs au Maroc:

La présence juive au Maroc est très ancienne, elle se confond avec la création de Carthage par les Phéniciens, vers le IXème siècle avant J.-C., et le développement des comptoirs commerciaux en Afrique du nord. Des témoignages existent sur le commerce que les juifs du Maroc pratiquaient avec les romains, dès le IVème siècle avant J.-C.. Ces premières communautés seront rejointes par les juifs de la première diaspora, lors de la destruction du temple de Jérusalem, en 581 avant notre ère. Des villes comme sala (Chella près de Rabat actuelle) et Ifrane deviennent des centres importants de négoce pour les juifs du Maroc pratiquant le commerce de l’or et du sel. Selon UMMINGER W. (1962), sur l’étendue des états actuels d’Israël et de Jordanie vivaient à cette époque, en plus des Philistins et des Phéniciens sur la côte, des Hébreux et des Israélites. Ni les Hébreux ni les Israélites n’étaient en fait des Juifs, la tribu de Juda n’était qu’une parmi douze tribus au moins des Israélites. On sait que les Israélites avaient pénétré dans la terre promise sous le commandement de Moïse, mais qu’ils n’avaient pu d’abord s’emparer des villes de la plaine tenues par les Hébreux. Ces derniers ou habitants de Canaan étaient plus guerriers que les tribus de pâtres nomadisants des Israélites. Ils habitaient des villes fortifiées et entretenaient des armées équipées de chars de combat et d’hommes lourdement armés devant lesquels les Israélites, armés légèrement, étaient impuissants. On voyait apparaître des mercenaires hébreux chez les Hittites ou chez les Egyptiens, suivant que l’une ou l’autre de ces grandes puissances avait justement le dessus, sur le théâtre d’opérations traditionnel de Palestine. Ceci ne veut pas dire que les Israélites étaient faibles. Ils étaient au contraire entraînés à de dures privations et connaissaient très bien les éléments d’une formation corporelle systématique même si celle-ci n’était pas conçue directement en vue de la préparation militaire. Leur efficience dans le maniement de la fronde cette arme préférée des bergers, exigeait avant tout une grande force de bras. L’instituteur et traducteur de la Bible Hieronymus qui mourut à Béthlehem vers l’an 420 rapporte que dans toutes les villes et tous les villages des Israélites, on trouvait de lourdes pierres sur lesquelles la jeunesse s’entraînait. C’était une forme primitive du lever du poids qu’on tenait pour indispensable à la préparation d’un bon entraînement à la fronde. On peut également conclure du récit du combat de Jacob avec l’ange que la lutte était également connue et faisait l’objet d’un entraînement systématique. A côté de cela la course parait avoir été la discipline sportive la plus remarquable. Aussi trouve-t-on fréquemment dans la bible mention de performances remarquables dans la course. Esaü, le fils aîné d’Isaac, était un coureur si remarquable qu’il parvenait à rattraper des cerfs. Cette forme de chasse à courre est connue aujourd’hui encore dans la région palestinienne. D’une sentence du prophète Jérémie, si tu cours contre des piétons et qu’ils te fatiguent, comment courras-tu contre des cheveux ? on peut conclure que des courses étaient organisées non seulement contre des hommes mais entre des hommes et des chevaux. C’est là une confrontation de performances qu’on a organisée également à notre époque avec le coureur miracle Jesse Owens. Visiblement de telles compétitions étaient fort appréciées à la cour du roi Salomon qui aurait monté, non seulement une écurie de quarante mille chevaux, mais encore un équipage de dix mille coureurs. Ces chiffres –

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vraisemblablement exagérés – permettent déjà de conclure à des coureurs de métier, à des professionnels donc. Mais comme Salomon organisait des concours de courses à pieds pour les sages, les étudiants, les prêtres et les lévites on discernera que l’entraînement sportif à la course était largement généralisé. Ultérieurement, le sport fut de plus en plus déterminé en Israël par des influences Grecques. Le roi Hérode, par exemple, faisait un effort particulier pour l’organisation de manifestations sportives et à partir de l’an 12 avant J.-C. il voulait faire effectuer à Césarée, tous les quatre ans, quelque chose qui ressemblât aux Jeux Olympiques. Mais ces efforts se heurtèrent à la résistance opiniâtre des rabbins et comme, selon la vielle croyance juive, le corps était de nature pécheresse, le combat, la compétition et la gymnastique ne pouvaient atteindre chez les Israélites l’importance qu’ils avaient chez les Grecs. Ce n’est que deux mille ans plus tard que le plan d’Hérode a pu s’affirmer. Depuis l’année 1932, à l’occasion du 1800e anniversaire de la dernière révolte des Juifs contre les Romains, sous Simon bar Kochba, on organisa des rencontres sportives appelées Macchabiades qui comprennent, sur le modèle des Jeux Olympiques modernes, des compétitions de gymnastique, d’athlétisme léger, de football, de hockey, de hand-ball, de natation, d’aviron, de boxe, de lutte, d’escrime et de tennis. On organise également des Macchabiades d’hivers. De ces fêtes sportives rayonne une forte impulsion unificatrice pour l’ensemble du monde juif, un triomphe tardif pour l’idée des jeux dans la Grèce antique. Ceci est une preuve vivante de la culture sportive chez les anciens juifs sans pour autant confirmer ou infirmer la pratique de cette culture en arrivant au Maroc.

Au IIème avant J.-C., les romains (l’ère chrétien):

La période romaine s’ouvre en 146 avant notre ère : Rome s’installe à Utique pour surveiller les cadavres de Carthage. Auguste établit trois colonies, entre Tanger et le Sébou. Un roi berbère helléniste et hellénisé, Juba II voyageur et polygraphe, survit dans les ruines de ces deux capitales, Cherchell et Volubilis et peut être dans cette tête de marbre aux cheveux emmêlées, retrouvée dans les ruines marocaines. Prolémée, le fils que Juba eut de Cléopâtre Séléné, fut tué par son neveu, l’empereur Caligula, qui convoitait son royaume. Deux ans plus tard la Mauritanie Tangitane (c’est-à-dire de Tanger), province romaine s’étendait au nord du Maroc, jusqu’au limes au sud de Rabat, de Meknès et de Fès, défendue par des contingents «barbares» levés sur place. Les vestiges de ce limes romain subsistent, entre Rabat et l’Océan, sous forme d’un vallum que l’on appelle, en Arabe, « le canal du Feraoun ». Quelques expéditions s’aventurent plus au sud : selon Pline, Suetonius Polinius aurait franchit l’Atlas. On connaît mal la vie rurale de ce Maroc romanisé. Les villes sont nombreuses : Tanger, Volubilis, Ceuta, Tétouan, Arcila, Lixus, Chella. La christianisation est attestée par des inscriptions lapidaires, la latinisation aussi. L’art, surtout hellénique, fait de Volubilis un lieu privilégié de la sculpture sur bronze : un chien aboyant, une tête de mule qui se détourne, un jeune cavalier plus d’aplomb que le tors de Cherchell, et surtout l’admirable éphèbe nu, couronné de lierre, si proche du Lompadéfore de Pompéi et de l’idolino de Florence. L’influence de Rome s’est exercée dans les plans des maisons berbères des sédentaires, dans le maintien, chez les agriculteurs, du calendrier solaire julien, dans le vocabulaire berbère et dans le parler quotidien des campagnards marocains du XXème siècle. Pourtant, l’emprise romaine n’a concerné, pendant cinq siècles, que la partie septentrionale du Maroc. Ce que l’on sait du reste est bien peu de choses.

Dès la fondation légendaire de Rome (-753), les sports et les jeux occupèrent une place de premier plan en Italie. Ce peuple inaugura aussi les combats de gladiateurs, jouant ainsi dans l’histoire le rôle d’intermédiaire entre le sport et les jeux romains. Les premiers habitants de Latium connaissaient et pratiquaient des jeux, les légendes accordent une place prépondérante aux jeux dans la constitution de «la ville éternelle»; les jeux d’Enée organisés en l’honneur de son père Anchise à la manière des Grecs sauf que la différence tient essentiellement au comportement des héros. Il y avait deux manières différentes de vivre le

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sport en Grèce et à Rome : alors que dans toute la Grèce c’était un titre de gloire d’être proclamé vainqueur à Olympie et les aristocrates élevaient leurs enfants dans le but de remporter les palmes de la victoire, les patriciens Romains à cause de leur orgueil iront rarement «s’abaisser» à rivaliser sur l’arène du cirque (VANOYEKE V., 1992). Selon ce même auteur, les Romains étaient réservés vis-à-vis des pratiques sportives Grecques et, quand Rome eut envahi la Grèce (IIème siècle Av. J.-C.) les Jeux Olympiques déclinèrent rapidement. Ce rejet ne visait pas que le sport Grec, il visait tous les aspects de la vie grecque malgré que la plupart des Romains restaient des admirateurs de l’enseignement et de l’idéal Grec. Si les Romains pratiquaient et apprécièrent les jeux, c’est pour d’autres raisons : premièrement pour l’entraînement militaire car les pratiques sportives sont d’abord des activités de préparation militaire tels que l’escrime, le javelot, l’épée, la nage dans les rivières… et en deuxième lieu pour le plaisir du spectacle et du divertissement. La tradition militaire donna naissance à une pratique individuelle d’exercices physiques qui se développèrent sous l’Empire : hommes, femmes et enfants se baignaient, c’est sous l’Empire que les thermes se multiplièrent à Rome et même au Maghreb (Tunisie, Algérie et Maroc). La navigation chez les Romains pouvait servir d’entraînement physique, au même titre que la chasse par l’énergie qu’elle demande. La chasse était un sport en honneur parce qu’elle procure une violente dépense physique dans la nature, elle était aussi liée à l’équitation. La passion de la chasse l’emporte même chez les Romain sur celle de l’amour. Des chasseurs sont mobilisés de tous l’Empire pour ramener les bêtes à Rome. Mais la chasse de certaines bêtes sauvages deviennent très dangereuse pour les Romains et demande la collaboration des gouverneurs d’Asie et d’Afrique et d’indigènes exercés à la capture des bêtes. Les Ludi sont des épreuves sportives ou jeux qui ont lieu à Rome pendant les jours fériés. Au cours des siècles, ces jeux se multipliaient, pendant ces fêtes on constatait les mêmes spectacles : combats de gladiateurs considérée comme la forme de spectacle la plus connue chez les Romains, parmi les combattants, on retrouvait des condamnés à mort, des criminels, des esclaves et des hommes libres poussés par la gloire, l’aventure et le désir de faire fortune le plus souvent par les Parthe et les Maures (nom attribué par les romains aux habitants de l’ancienne Mauritanie ou le Maghreb actuel) habiles à manier la lance et l’arc. Les différents spectacles romains se passaient généralement dans un cirque ou un amphithéâtre, le cirque était le lieu des courses de chars. Ces courses était prisées dans tout l’Empire comme le montre le grand nombre de cirque construit par les Romains autour du bassin méditerranéen, notamment en Afrique : (cirque d’Utique, de Cherchell, de Setif, de Thysdrus, de Souss et de Carthage, le plus grand cirque du monde romain en dehors du Grand Cirque) en Espagne, en Gaule et en Orient. Alors que l’Amphithéâtre qui est une pure création romaine était un lieu des spectacles de gladiateurs, des combats de fauves et parfois des spectacles nautiques. Les Romains construisaient des Amphithéâtres pour pratiquer leurs activités et continuer à célébrer leurs fêtes dans tous les pays où ils se trouvaient même en Afrique du nord comme à Cherchell, Tipasa et El Djem. Dès le IVème siècle les mentions de travaux au profit des édifices de spectacle se raréfient même si des jeux sont encore organisés. On embellit les églises au détriment des édifices du spectacle. Au Vème siècle, la plupart des Amphithéâtres ne sont plus utilisés régulièrement et dès l’arrivée des arabo-musulmans au Maghreb vers le VIIème siècle, le sport prend une autre dimension culturelle et politique. Toutes ces formes de pratiques sportives et de divertissements importées de Rome ont trouvé le milieu très favorable à leur développement et leur maîtrise. L’Afrique du nord, a largement contribué à l’épanouissement de sa jeunesse par le jeu. Bien avant le deuxième millénaire, le cheval barbe, était utilisé pour les compétitions des chasseurs de petite faune sauvage, comme l’antilope, le cerf, l’autruche, le renard ou le lièvre. Le cheval barbe était l’ami de l’Homme, compagnon de ses exploits, était particulièrement choyé et respecté. Ainsi, on le trouve représenté sur les monnaies frappées au temps de « Massinissa », un des premiers rois maures, qui vécut de 207 à 148 avant J.C. Déjà au deuxième siècle avant J.C., les Maures s’étaient illustrés comme les meilleurs spécialistes de l’animation des spectacles. Ils se rendaient à

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Rome ou à Pompéï avec toute une ménagerie de fauves, pour y donner des représentations dans les arènes et se mesurer aux lions de l’Atlas, aux tigres et aux éléphants d’Afrique. Les auteurs anciens signalent l’engouement des ancêtres des maghrébins, au début de l’ère chrétienne, pour la natation, le jeu du ballon et du disque ainsi que pour l’escrime et la lutte ou pour les tournois équestres et les courses de chameaux. L’art des mosaïques a révélé que les anciens marocains et nord africains en général, pratiquaient des compétitions de natation dans les piscines des thermes et la chasse sous toutes ses formes (Direction Générale des IXème jeux méditerranéens, 1983).

Au VIIème siècle la conquête arabo-musulman:

Le premier raid des Arabes d’Orient au Maghreb est celui de Oqba Ibn Nafiâ, le fondateur de Kairouan, qui force son cheval à entrer dans les vagues de l’Atlantique et prend Dieu à témoin qu’il a porté l’Islam au bout du monde (en 684 de notre ère). Mais c’est Moussa Ibn Nosayr qui, au début du VIIIème siècle, est c’est le vrai conquérant arabe du Maroc, de Tanger à Dra, qu’il rallie officiellement aux Omeyyades de Damas. En ce temps- là, l’histoire du Maroc est liée à celle de l’ensemble de l’Afrique du Nord sous le nom de Maghreb Al Aqsa ou Maghreb extrême (MONTEIL V. 1962). A la fin du VIIIème siècle, un prince oriental, nommé Idriss, descendant de Ali, le gendre et successeur du prophète Mohamed, s’enfuit de Bagdad, passe à Tanger et, de là, à Walili (ancienne Volubilis) et crée la ville de Fès où il fut proclamé par la population roi sous le nom de Idriss Ier, pendant plusieurs siècles les guerres se succèdent des invasions vers l’Occident surtout pour conquérir d’autres terres comme l’Andalousie, de la résistances contre l’invasion d’une armée étrangère ou d’autres tribus venant souvent d’Orient, ce climat de guerre continue fait vivre la population du Maghreb dans un milieu de préparation militaire quotidienne, les pratiques de certaines activités physiques sont devenues une nécessité, vagues d’immigration de plusieurs nomades arabes qui se font recruté par les souverains comme soldats pour soutenir et défendre les rangs de l’armée du Maghreb ont transmis leur culture et leur savoir de préparation à la guerre. Pendant cette période les activités physiques militaires (ou sport) ont connus un développement chez les habitants de l’Afrique du Nord. Le nom du Maroc apparaît sous la dynastie des Saâdiens qui ont régné de 1554 à 1659. Ces activités n’étaient pas considérées comme un divertissement ou un simple loisir mais une obligation dans le sens où un bon musulman devait être un bon guerrier. Certaines pratiques ont connues un développement au sein de la population arabo-musulman de l’époque comme le tir à l’arc, les courses de chevaux, la natation, la lutte, l’escrime,…. Le sport en tant que jeu, loisir ou spectacle n’avait pas ou très peu d’importance dans la société arabo-musulman, mais le sport en tant que devoir, utile à la préparation aux combats et à la guerre devient une obligation et retient l’attention de tout musulman. Il faut aussi noter que la majorité des pratiques religieuses en Islam demande et montre une certaine capacité physique et morale importante pour faire son devoir de musulman même si elle est fondamentalement faite dans un but spirituel, comme par exemple la prière, le jeûne, le pèlerinage, ce dernier qui est un des cinq piliers de l’Islam exige une certaine capacité physique importante du musulmans désirant réaliser son devoir religieux sous forme de marche et prières dans des conditions climatiques difficiles à supporter et ceci pendant une trentaine de jours. Et pour la prière, selon le professeur BENABDALLAH A. (2004), le docteur Farès Agoumi, neurologue de l’Université Américaine confirme le bienfait de la prière sur le plan physique du croyant d’après ce docteur : «la prière chez les musulmans, avec ce qu’elle comporte comme mouvement de génuflexion et de prosternation, fortifie les muscles dorsaux et assouplit les mouvements de la colonne vertébrale, surtout si la personne commence à la faire, dès le bas âge. Des physiothérapeutes préconisent des mouvements pour la fortification de la musculature dorsale inférieure, ressemblant à certains mouvements de la prière».

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Selon le Dr Aldeeb Abu-Sahlieh S. A. (1996), la société musulmane n’a pas octroyé au sport le rôle qu’il avait dans la société grecque. Dans le peu d’espace qui lui est consacré, le souci des juristes musulmans classiques et modernes est essentiellement de savoir dans quelle catégorie des cinq, il faut le classer: interdit, blâmable, permis, recommandé ou obligatoire. Pour répondre à cette question, il leur faut commencer par scruter ce qu’en dit le Coran. On trouve peu de référence dans le Coran au sport. Dans le récit de Joseph, on lit ce passage: « Ils [les frères de Joseph] revinrent le soir chez leur père en pleurant et ils dirent: « O notre père! Nous étions partis pour jouer à la course; nous avions laissé Joseph auprès de nos affaires. Le loup l’a dévoré. Tu ne nous croiras pas, et, cependant, nous sommes véridiques » (12:16-17). Ceci indiquerait que la course est permise, sinon les frères de Joseph ne l’auraient pas pratiquée. Il y a ensuite le fameux verset relatif à la préparation pour la guerre: Préparez, pour lutter contre eux, tout ce que vous trouverez, de force et de cavaleries, afin d’effrayer l’ennemi de Dieu et le vôtre et d’autres encore, que vous ne connaissez pas, en dehors de ceux-ci, mais que Dieu connaît (8:60). Invoquant ce verset, l’auteur égyptien d’une thèse récente de doctorat en droit dit que le sport est un moyen qui sert à rendre plus forte la personne; par conséquent, il doit être considéré comme une pratique obligatoire ordonnée par Dieu. Mais ce sont surtout des récits de Mohamed qui fondent la position islamique en matière du sport. Mohamed aurait dit: – « La vraie force consiste à tirer à l’arc », phrase qu’il aurait répété à trois reprises. – « Dieu fait entrer au paradis pour chaque flèche trois personnes: celui qui la fait, celui qui la fournit dans la voie de Dieu, et celui qui la tire dans la voie de Dieu ». – « Le croyant fort est meilleur et préférable à Dieu que le croyant faible ». – « Tout ce dont s’amuse le fils d’Adam est vain (batil) à l’exception de trois: tirer une flèche de son arc, dresser son cheval et jouer avec les siens. Ces trois relèvent de la droiture ». – « Occupez-vous à tirer à l’arc, car c’est le meilleur amusement ». – « Celui qui n’a pas appris à tirer à l’arc, n’est plus de nous ». – « Enseignez à vos enfants à nager et à tirer à l’arc, et dressez-les pour qu’ils se mettent sur le dos du cheval en sautant ». On rapporte aussi que Mohamed avait fait la course avec sa femme Aïcha, pratiqué la course à cheval, approuvé de telles courses, assisté avec sa femme Aïcha à des combats de lances qui se déroulaient dans sa propre mosquée, gagné la lutte contre un infidèle. Des récits des compagnons de Mohamed vont dans le même sens. On trouve très peu de littératures concernant les pratiques sportives ou physiques dans la société arabo-musulmane dans son début. Dans un livre rédigé par UMMINGER W. en 1962 qui trace l’histoire de la performance sportive à travers les âges, cet auteur décrit certains sports qui étaient considérés comme nobles et importants dans la civilisation arabo-musulmane tels que :

Le jeu de polo : à été découvert par les Arabes à l’invasion perse. Les Arabes apportaient la puissance et une religion nouvelle, disait l’auteur, mais ils prirent dans le pays vaincu la civilisation hautement évoluée et avec elle le jeu de polo. Les maîtres changeaient ; la distraction favorite des rois de Perse demeurait. Les Arabes, cavaliers remarquables et amateurs passionnés de chevaux, apprécièrent particulièrement le jeu de polo. Ces frustes enfants du désert le pratiquèrent bientôt avec le luxe qu’ils avaient copié chez les Perses raffinés, et ils importèrent le jeu comme une sorte de butin dans la métropole du grand Empire arabe. Dès lors, où que se situe le centre de la puissance de l’Islam, que ce soit à Bagad, à Damas ou au Caire, califes ou sultans établissaient des terrains de polo. Ce jeu a tellement passionné les seigneurs arabes qu’un sultan Nour Eddin (1146-1174) qui s’était acquis aux yeux de l’Islam des mérites indiscutables par ses victoires sur l’empereur Conrad III d’Allemagne et sur Saint Louis, roi des Français. Il était un joueur de polo si remarquable que dit-on, la crosse devenait invisible quand il la faisait tournoyer au-dessus de sa tête, qu’il

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lançait la balle à travers le terrain, la poursuivait au galop, et la relançait avant qu’elle ait retouché terre. On se posait beaucoup de questions sur la place qu’a pris ce jeu dans l’emploi du temps du musulman et s’il était d’une utilité quelconque du point de vue de la religion. Le sultan Nour Eddin justifia le jeu en ses termes :

« Je prends Dieu à témoin que ce n’est pas du tout pour mon plaisir personnel que je joue régulièrement au polo, mais nous sommes établis à la frontière, immédiatement sous les yeux de l’ennemi proche. Du jour au lendemain il nous faut en pleine paix, courir aux armes, sauter en selles et galoper vers le combat. Comme nous ne guerroyons pas nuit et jour, mais que nous donnons du repas à nos troupes, nos chevaux, si nous ne leur fournissions aucun exercice, deviendraient paresseux et inaptes aux longues expéditions, à la vitesse et à la mobilité du champ de bataille. Au contraire le terrain de polo maintient les chevaux en forme, les assouplit et les dresse à l’obéissance ». On pourra en conclure que, chez les Arabes, le polo n’était plus seulement un divertissement de la Cour, comme à son origine chez les Perses, mais un sport systématique de soldats. Avicenne, un des plus grands hommes de science qu’ait produit l’Islam, le préconise dans un ouvrage médical célèbre Canon medecinae, en raison de sa variété comme exercice fortifiant, négligeant les accidents et les chutes mortelles qui s’y produisaient sans cesse. ..

A propos du tir à l’arc l’auteur disait que c’était une pratique sacrée chez les turcs et les musulmans en général, chez les Arabes, selon l’auteur, la croyance voulait que toute place assiégée dans laquelle une flèche avait pénétré, tombe tôt ou tard au pouvoir des musulmans. C’est pourquoi le tir à grande distance fit l’objet d’un entraînement spécial, particulièrement pour tirer dans les places fortes. D’après une légende mahométane, c’est Dieu lui-même qui donna à l’homme l’arc, la corde et la flèche par l’entremise de l’ange gabriel. L’arc symbolisait la force de Dieu, la corde sa puissance et les flèches, entre les mains du croyant, sont la colère et la punition contre les ennemis de Dieu. L’archange Gabriel apparut avec l’arc au prophète Mohamed le jour de la bataille de Badr. Le coran rapporte ces mots du fondateur de l’Islam :

Chevauchez et tirez ; mais le second vaut mieux. Qu’aucun de vous ne soit inexpert au tir de la flèche. Celui qui décoche sa flèche sur les voies de Dieu a plus de mérite que celui qui libère un esclave. Chaque coup au but nous rapproche d’une marche du bonheur parfait. Apprenez le Coran et apprenez à tirer.

Les Turcs et les Arabes sont devenus une puissance mondiale, élevé dans cette croyance, et amenés à la Guerre sainte. Ce n’est qu’avec l’effondrement de l’Empire ottoman en 1918 que ce sport disparut presque totalement dans les pays arabo-musulmans.

Concernant les courses de chevaux : le cheval était un objet précieux chez les Arabes, leur orgueil ne venait pas du nombre de chameaux, de leurs tentes, ni même de leurs richesses en Or, en argent ou en pièces précieuses, leurs richesses se comptaient en la qualité et la quantité de chevaux en leur possession. Les croisades du XIème siècle, menées comme guerres saintes, furent décisives pour la vie guerrière. Pour la civilisation chevaleresque le contact avec le monde oriental fut déterminant. Les croisés apprirent à connaître dans le ressort de l’Islam un mode de vie plus raffiné qui laissa des souvenirs durables. La rencontre militaire des deux grandes religions, chrétienne et islamique, provoqua chez les chevaliers une attitude de large tolérance et conduisit à la conception d’un idéal masculin également accessible au noble paysan. La classe des chevaliers devint la plus distinguée dans le pays mais elle devait demeurer fermée. Les Arabes, comme les Romains, disposaient d’un service d’information exceptionnel semblable à celui des Perses du VIIème siècle, qui informait dans les moindres délais de tous les événements entre deux villes distantes grâce à leurs chevaux connues par leur vitesse et leur endurance, ce service d’informations sous forme de relais de poste où on tenait des chevaux frais à la disposition des messagers appelés les messagers de la flèche. Ceux-ci ne transmettaient pas leur courrier, ils en étaient les porteurs

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personnellement responsables. Le messager à la flèche était une personne sacrée. Nul ne pouvait l’arrêter, chacun, noble ou manant, devait mettre à sa disposition en tout temps le meilleur cheval dont on pouvait disposer. Les cavaliers chevauchaient nuit et jour, mangeaient et dormaient en selle et changeaient de cheval en galop. Souvent ils avaient deux chevaux pour pouvoir en changer en cours de route, le bas de leur corps et leurs jambes étaient serrés de bandes pour qu’ils puissent endurer les chevauchées forcées et demeurer assis en selle malgré la fatigue. Par jour ils franchissaient 400 à 480km. Ainsi des performances aussi inégalables de vitesse et d’endurance devinrent le lot quotidien des messagers de la flèche.

Selon les données de cet auteur nous constatons une étroite relation entre la civilisation Perse et celle des Arabes d’Orient, car depuis les Sassanides qui commence en 224 avant J.- C. et se termine en 651, le jeu de polo était la distraction la plus distinguée et le plus appréciée de la cour de Perse. Monter à cheval, tirer à l’arc, jouer au polo et chasser au faucon étaient les matières les plus importantes de l’éducation des princes, juste avant l’effondrement de l’Empire perse sous l’assaut des Arabes. Ces mêmes activités se sont développées sous l’Empire islamique de façon plus démocratique.

En consultant le livre de Aly MAZAKERI (1951) sur la civilisation arabo-musulmane entre le Xème et XIIIème siècle nous constatons que les musulmans s’adonnaient à plusieurs pratiques sportives et que les jeux physiques et sportifs faisaient partis de leur vie quotidienne, parmi les sports qui se disputaient la faveur du public à cette époque, nous devons citer en premier lieu, le polo, que les anglais ont introduit, depuis, en Occident, et le djerid, sorte de joute au cours de laquelle s’affrontaient des cavaliers armés de lances. Ces jeux étaient réservés aux princes, aux pages et aux officiers. Chaque ville possédait un ou plusieurs terrains aménagés à cet effet et, à jours fixes, des parties s’y disputaient devant un grand nombre de spectateurs, tant citadins qu’étrangers.

Les courses de cheveux étaient également très en vogue. Les gens qui y assistaient en foule, pariaient entre eux sur tel ou tel cheval. Le champ de courses le plus impressionnant que l’archéologie nous ait permis de reconstituer est celui de Samarrâ qui, situé en dehors de la ville, mesurait 11km500 de pourtour et jouissait d’une fort belle piste ovale. Samarrâ possédait aussi un beau terrain de polo situé dans la ville, à l’est du palais. Le grand public participait parfois à des tournois de tir à l’arc, à l’issue desquels les tireurs les plus habiles recevaient des prix. Dans chaque ville, se trouvait un stade réservé au tir à l’arc, au centre duquel se dressait un grand mât dont la cime supportait une énorme citrouille servant de cible. Ushnas était à Bagdad, le plus élégant stade de tir à l’arc. Mais le sport le plus populaire était sans conteste la lutte. Comme notre boxe actuelle, elle passionnait véritablement une grande partie de la population. Il existe, encore aujourd’hui, des traités illustrés qui décrivent minutieusement la technique des lutteurs. Ces derniers, simplement vêtus d’un caleçon court, luttaient dans des arènes couvertes, spécialement construites, devant un bruyant public d’admirateurs qui ne ménageaient pas les encouragements à leurs favoris. Le combat se déroulait devant un arbitre qui était souvent un ancien champion et qui veillait au respect des règles de l’activité. Les champions ayant conquis la célébrité dans les compétitions locales étaient, par la suite, invités à se mesurer à des champions nationaux déjà célèbres ou des champions internationaux. Chaque lutteur représentait l’honneur de sa nation. Ces hommes gagnaient des sommes énormes et vivaient très luxueusement, mais ils devaient observer la chasteté, afin de conserver leur force.

Dans chaque village, se trouvait un petit terrain de jeu, où la jeunesse locale s’exerçait et se mesurait. Dans les villes, un grand nombre d’enceintes couvertes, sortes de rotondes voûtées, où des rangées de gradins entouraient une arène, servaient de salles d’exercices. Tout en haut, derrière les gradins, des passages conduisaient à des vestiaires et à des petites salles où les athlètes s’habillaient, se déshabillaient et se reposaient. Ces établissements d’origine sassanide, s’appelaient des frahangistan. Les exercices auxquels on se livrait étaient de même origine et se déroulaient au rythme d’une musique appropriée, accompagnée

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de chant. Les athlètes s’entraînaient là au maniement des barres, des massues, des poids ; certains exécutaient des danses rythmiques. Ces sortes de gymnases ouvraient tous les matins de bonne heure, car un certain nombre d’amateurs allaient s’y exercer avant de se rendre à leur travail ; d’autres s’y exerçaient le soir, le milieu de la journée étant réservé aux professionnels. De plus, à certaines heures, l’on y donnait des cours où des moniteurs initiaient les débutants amateurs, car un grand nombre de jeunes gens s’adonnaient à la lutte sur la recommandation des médecins, qui jugeaient cela excellent pour le développement des adolescents.

On organisait aussi, de temps à autre, des courses pédestres, auxquelles participaient des coureurs professionnels. C’est dans leurs rangs qu’on recrutait les porteurs de messages officiels qui, de part leur fonction, étaient tenus d’avoir de bonnes jambes.

La natation et les sports nautiques, très goûtés du public, donnaient lieu aussi à de nombreux concours qui se déroulaient surtout dans les villes situées au bord des fleuves, mais pas uniquement dans celles-là ; car les hammâms comprenaient souvent de vastes piscines. Dans tous les concours, courses, championnats de tout genre, les gagnants étaient toujours récompensés par des prix en espèces et, généralement, chaque spectateur acquittait le prix de sa place en pénétrant dans l’enceinte.

La chasse avait de nombreux adeptes, aussi bien dans les populations rurales que chez les citadins, mais les meilleurs chasseurs étaient surtout les princes, les grands seigneurs, leurs pages et leurs officiers. Ils possédaient d’importantes réserves de chasse, que surveillaient de nombreux gardes. On chassait à l’arc, à l’arbalète, au lasso, au filet, à la sarbacane, au lévrier, mais surtout au faucon. Il subsiste d’ailleurs de nombreux traités de fauconnerie datant de l’époque islamique. La chasse au faucon s’était beaucoup développée au détriment de la chasse au lévrier, probablement parce que le chien était considéré en Islam comme impur ; et le gibier attrapé et mordu par lui participait à cette impureté et ne pouvait, en conséquence, être consommé. On se servait néanmoins de lévrier pour certaines chasses purement sportives dont on ne consommait pas le produit.

Selon le professeur Benabdallah A. (2004), pendant cette période au Maroc, d’autres compétitions se caractérisaient par des lancements de flèches à arc, des tirs à l’arbalète, ou des armes à trait, escrimes (moussayafa) ou duel (moubaraza) à l’épée. Il y eut, au XIIème siècle, sous le premier Almohade, une sorte d’école d’administration marocaine, dont l’effectif qui atteignit trois mille étudiants, fournissait à l’Etat marocain, son cadre supérieur. Parallèlement aux sciences traditionnelles, qui comportaient certaines disciplines techniques d’obédience sociale, on y donnait des cours d’équitation, de tir, de natation et de rame. A Marrakech, alors capitale, un vaste étang fut aménagé, à cet effet. On fait remonter à cette institution l’origine du mouvement soutisse marocain. Une institution a été établie, sous le règne de Moulay Ismail, au musée de Oudayas, à Rabat, près de l’embouchure de Bouregreg, pour former des cadres marins, sur le double plan de la rame et du tir. Un tel aviron était destiné propulser toute embarcation, dans le but d’édifier des escadres de défense maritime. Des milliers de jeunes gens étaient entraînés, sous les Alaouites, dès leur bas âge, pour former des cadres sur le triple plan sportif, militaire et même artisanal ; leur grade dans la hiérarchie de la «garde-noire» du palais royal, dépendait du degré de leur qualification. L’auteur rajoute, que la femme musulmane et marocaine ont eut leur part dans la compétition sportive, telle l’épreuve de course, qui semble assez loin de certaines contingences féminines. La femme s’y imposait, non seulement, en tant qu’infirmière – comme semblent le préciser, certains publicistes, parmi les féministes – mais comme véritable combattante : telles que Vanouh, fille de Bountiân, une des figures les plus brillantes de l’époque Almoravide (XIème siècle) ; encore vierge, elle défendit, seule, par le sabre le palais royale de Marrakech, avant de tomber sous les coups des Almohades, les tribus des Mérinides luttèrent contre les Beni Ziân, à Tlemcen, comportant de vaillantes combattantes, sous les Wattassides, Lalla Aicha dite Al-Horra, une des immigrées de l’Andalousie, engagea, comme administratrice de Tétouan, une lutte acharnée contre l’envahisseur, sous les Alaouites, l’héroïne berbère

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Roqeyya bent Hdidou, qui gouvernait la tribu d’Ait Zdek, comme célèbre amazone, qui, à l’âge de soixante ans, assaillit un bataillon français, commandé par le général Azmoun, gouverneur général, par intérim, de l’Algérie… Toutes ces femmes manipulaient à merveille les pratiques de guerre, comme le sabre, la lance flèche, la course de chevaux,… pour se battre contre l’ennemi, en absence ou à coté des hommes.

Le début du XXème siècle, le protectorat Français et les sports modernes:

A la fin du XIXème siècle et dans le cadre d’une politique du libre échange, l’Angleterre profite du développement de son commerce à l’étranger pour exporter ses produits et surtout sa culture et par conséquent la divulgation du modèle sportif. C’est alors que le sport moderne arrive en France, mais il n’intéresse que les classes aisées et la bourgeoisie. Pendant cette période, le sport arrive partout et surtout grâce à la pratique du football ; il est devenu un moyen d’expression corporelle et aussi un moyen politique. Il a été importé ensuite vers l’Afrique par les soldats français et très vite, il a été adopté très facilement par les indigènes du fait du peu de moyens et matériels dont il exige comme jeu. A partir de ce moment l’indigène utilisait le football pour marquer sa différence et son appartenance, il a récupéré le jeu du colonisateur pour jouer avec lui mais aussi contre lui, le sport était devenu un moyen d’affirmer son identité. Il est devenu si important qu’il s’est transformé en jeu politique.

Le sport au Maroc pendant le protectorat (1912-1956):

La colonisation qu’a subit le Maroc, avait dépossédé les marocains de leurs terres ainsi que de leur culture. Il est vrai que le Maroc a connu le sport moderne à travers la colonisation et c’est l’administration coloniale qui a été à la base de son implantation et de sa relative diffusion, « les pays européens qui n’ont pas subit de colonisation, ont adopté le sport de façon volontariste, disait KAÂCH Mohamed (1985), et cela dans le cadre des échanges culturels, par contre les pays colonisés comme le Maroc, ont connu le sport sous la domination. En effet, il leur a été imposé de l’extérieur par les nations qui les dominaient politiquement, militairement et économiquement ».

La période de 1912 à 1940:

Cette période était marquée par l’établissement de la colonisation et l’introduction des sports modernes. Dès 1912; « Les sports modernes vont être introduits au Maroc, non seulement comme activités de loisirs des premiers colons, mais aussi et surtout comme exercices physiques de préparation militaire » (KAÂCH M., 1985). Le brassage des populations occasionné par l’avènement du protectorat au Maroc, à partir de 1912, devait favoriser la pratique raisonnée et organisée du sport sous l’impulsion d’un « Comité Central des Sports » siégeant à partir de 1913 à Casablanca et coiffant des « Sous – Comités Locaux », répartis entre les principales villes du Maroc. Il est vrai, qu’à cette époque, le sport au Maroc était encore dans un état embryonnaire, mais la persévérance des divers partenaires de l’activité sportive devait aboutir, dès la fin de la première guerre mondiale, à la constitution de Ligues et Comités sportifs à l’instar des comités français affiliés aux diverses « Fédérations Sportives Unisports Autonomes de la Métropole ».

En effet au Maroc, les premiers clubs sportifs furent mis sur pied par les militaires dans les grandes villes en 1913 et qui étaient au nombre de sept: U.S.M. de Casa, Avant garde du Maroc de Rabat, U.S. de Fès, U.S. d’Oujda, U.S. de Marrakech, U.S. de Rabat Salé et U.S. de Meknès.

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De 1914 à la fin de la première guerre mondiale, plusieurs clubs vont être crées au Maroc, en 1920 pratiquement, chaque grande ville avait au moins un club sportif. Les programmes des rencontres entre les différents clubs étaient organisés par le comité central des sports constitué à l’image de la vielle « Union des Sociétés Français des Sports Athlétiques » (U.S.F.S.A.). A ce moment là naissent en France les Fédérations Sportives Autonomes représentées par des Ligues et Comités qui se fondèrent immédiatement au Maroc et elles étaient devenues les représentants officiels. C’est à cette époque (juste après la première guerre mondiale) que le sport au Maroc va connaître son premier véritable essor. Cependant le nombre de marocains affiliés sera très restreint parce que la pratique sportive au sein des clubs et associations sportives n’était réservée qu’aux européens.

Pendant cette période, l’armée et l’école vont jouer un grand rôle dans la propagation et la diffusion des exercices physiques et du sport moderne au Maroc. Cette période était aussi celle du démarrage du sport scolaire avec la création des Associations Sportives Scolaires (A.S.S.) en 1921 qui joueront un rôle important dans le développement du sport au Maroc, comme disait KAÂCH M. (1985) « Si en France le mouvement sportif a influencé au départ l’évolution de l’éducation physique et du sport dans l’enseignement secondaire, comme le décrit J. THIBAULT. Au Maroc, on peut dire que c’est le sport scolaire qui va influencer l’évolution de tout le mouvement sportif durant la période coloniale ».

Le programme scolaire officiel comprenait deux heures par semaine d’éducation physique et une heure consacrée à l’initiation sportive. Le Jeudi après-midi était réservé à la pratique du sport dans les A.S.S.. Le sport scolaire était encadré provisoirement par les militaires suite à une coopération entre la Direction Générale de l’Enseignement et le Centre Militaire d’Instruction Physique au Maroc crée en 1919 par un spécialiste qui formait des moniteurs militaires entraînés selon la méthode de Joinville qui venait d’être approuvée par le Ministère de l’Instruction Publique en France. Le chef de service de l’éducation physique était aussi un militaire : le colonel CAHUZAK (KAÂCH M., 1985). En effet les colons avaient besoins de relais entre eux et les indigènes, car l’occupation ne réussie que si une bourgeoisie intermédiaire fait le lien entre les colons et le peuple colonisé. C’est l’élite locale qui va avoir ce privilège, leurs enfants vont pouvoir étudier en France ou dans des écoles françaises au Maroc. Durant cette période, peu de marocains seront touchés par le sport, excepté ceux qui étaient engagés dans l’armée française ou ceux qui ont eu le privilège de fréquenter l’école française. La division qui caractérisait le système d’enseignement au Maroc ne permettait pas à tous les jeunes scolarisés d’être initiés aux pratiques sportives modernes.

En effet l’enseignement indigène était considéré par le colonisateur comme une conquête morale ainsi qu’un contrôle social de la population marocaine et non comme une contribution à leur émancipation et formation. Plusieurs types d’écoles ont été conçus: 1- Les collèges musulmans; 2- Les écoles musulmanes de fils de notables; 3- Les écoles musulmanes urbaines; 4- Les écoles musulmanes en pays arabe; 5- Les écoles rurales en pays berbère.

La jeunesse marocaine formée surtout à l’européenne (comme les écoles musulmanes de fils de notables qui regroupaient les enfants de la bourgeoisie marocaine et qui enseignaient les mêmes programmes que celui des écoles primaires françaises) servira de tête de pont destinée à « appuyer » l’autorité coloniale. Or les collèges musulmans, qui regroupaient l’élite sociale de la population marocaine et qui formaient des fonctionnaires, magistrats, négociants,…; vont devenir des pépinières d’opposants. Tout en tirant de la culture française les connaissances modernes, les jeunes marocains se rendaient compte de la ségrégation et de l’injustice ce qui a produit la constitution d’une élite marocaine intellectuelle Nationaliste. C’est à ce moment là et sous la répression administrative coloniale que le « champ sportif » va être investi par les jeunes marocains comme terrain de lutte politique et moyen de propagande et de contact avec les masses. Le football deviendra un moyen d’affirmation et de reconnaissance du mouvement national. Ainsi plusieurs clubs ont été crées, comme Union

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Sportive Musulmane de Casa en 1928, Maghreb F-B de Rabat en 1930, Widad de Casa en 1937, Najah de Fès en 1938 et le Maghreb F-B de Casa en 1938. A ce moment là on peut dire que le sport, particulièrement le football, est définitivement adopté par les Marocains.

Pendant cette période, on peut noter que plusieurs sportifs marocains se sont battus pour défendre les couleurs du drapeau français, ce qui a développé chez eux la notion de nation. C’est un vrai bonheur pour les indigènes qui puissent montrer aux colons leurs capacités physiques et leur puissance. Le sport est devenu un outil de manifestation de la force des indigènes. C’est un lieu de confrontation pacifique et un début de naissance du nationalisme chez les citoyens.

La période de 1940 à l’indépendance (1956) :

Etait caractérisée par: Une plus grande diffusion des activités sportives modernes; Un accroissement sensible du nombre des clubs; Une augmentation du nombre des licenciés (sportifs affiliés); Un plus grand effort dans la réalisation de l’équipement sportif.

Mais tous ces progrès et ces efforts ne concernaient que peu la population marocaine. Dès septembre 1940, il y a eu création du « Service de la Jeunesse et des Sports » (S.J.S.) qui dépendait de la Direction de l’instruction publique. Avant cette date, les sports étaient régis par des Ligues rattachées aux Fédérations françaises dont elles étaient le représentant officiel au Maroc. Il n y avait aucune coordination ni cohésion entre les Ligues. Afin de remédier à ce problème, vers la fin des années trente, il y a eu une tentative de coordination en mettant en place la « Fédération Marocaine des Sports Athlétiques » (F.M.S.A.) qui était un organisme sans aucun caractère officiel.

Avec la création du S.J.S., il y a eu des changements visant le développement du sport au Maroc:

Tout d’abord il y a eu le remplacement de la F.M.S.A. par un Comité des Sports qui sera le représentant officiel. Ce dernier allait constituer une sorte de lien entre les Ligues et les pouvoirs publics. Le S.J.S. prend en charge le Sport Scolaire et Universitaire (S.S.U.) jusqu’en 1943. Juste après cette date, il eu la création du « Comité du S.S.U. » qui dépendait directement du S.J.S.. Ce dernier avec la collaboration du Comité S.S.U. allait jouer un très grand rôle à partir de 1945 dans le développement et la diffusion des sports modernes. Plusieurs terrains seront construits, surtout ceux des sports collectifs, jusqu’en 1945, ainsi qu’une très grande augmentation des nombres de licenciés dans les Ligues et les Associations

Sportives étaient subventionnées par le S.J.S., exemple du nombre de licenciés: 1942 4

300 sportifs; 1955 42 000 sportifs. Cependant le nombre de licenciés marocains était très limité et était réservé à quelques disciplines sportives. Après la seconde guerre mondiale, les clubs sportifs français au Maroc tolèrent de plus en plus la participation des marocains, par exemple:

En athlétisme, sur 2200 licenciés, on trouve 684 marocains; En gymnastique, sur 1200 licenciés, 188 marocains; En boxe, sur 394 licenciés, il y avait 160 marocains; Et enfin en natation, sur 1500 licenciés, il y avait 188 marocains. Il existait même des Ligues auxquelles n’était inscrit aucun marocain, pour exemple: le rugby, l’alpinisme, yachting, aviron, hockey, lutte, pelote basque, sports équestres, tennis, tir aux pigeons, …

Mais il existait des jeunes marocains qui s’adonnaient au sport sans pour autant être affiliés à une Ligue ou une Association Sportive. Durant cette période, le sport en particulier le football, dépassait le seul milieu aristocratique pour s’implanter dans les milieux populaires aussi. Ce phénomène était du à plusieurs raisons: le désoeuvrement;

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la non-scolarisation; le déracinement culturel; l’exode rural de la population marocaine.

Par contre, dans la zone du protectorat espagnol (Nord du Maroc), les milieux scolaires constituèrent également un terrain favorable à l’épanouissement de l’activité sportive. La création officielle, en 1942 d’un « Service de la Jeunesse et de la Culture Physique », rattaché à la Délégation d’Education et Culture du Haut Commissariat d’Espagne au Maroc, devait constituer un important jalon structurel d’animation sportive, ultérieurement relayé par la Direction de l’Education Physique et des Sports.

Devant l’absence de toute structure à caractère fédéral, le « sport scolaire » devait alors occuper une place de choix: Le premier plan complet d’Education Physique, suivi dans les écoles au cours de l’année scolaire 1941-42 donna lieu à l’organisation d’un Festival Gymnique célébré à Tétouan avec la participation de plus de 1500 jeunes athlètes représentant l’élite sportive de la Zone Nord. L’influence sportive Espagnole s’est concrétisée par la création, en avril 1943, d’un « Comité Central de l’Education Physique et des Sports » (C.C.E.P.S.) de la zone Nord ayant pour objet « d’initier, diriger, coordonner et représenter le sport dans cette zone, ainsi que de favoriser la participation sportive de cette zone aux compétitions qui ont lieu en Espagne », peu à peu furent créées quelques Fédérations Locales dont le nombre devait s’élever à 18 en 1956 (RAHMOUNI H., 1988).

Plus de 350 sociétés sportives, affiliées à plus d’une trentaine de ligues, permirent d’engager le sport au Maroc en zone de protectorat français dans un processus irréversible de consolidation des aptitudes et des résultats. Les 18 fédérations existantes en zone espagnole eurent également un rôle non négligeable d’initiation sportive.

Le sport et nationalisme:

Pendant la période d’occupation de l’Afrique du nord, le sport a joué un grand rôle dans la lutte contre les colons européens, il était un moyen d’infiltration et de rassemblement chez les militants indigènes. Il va contribuer pour une part aux façonnage des consciences nationales, la prise de conscience par les gens qu’ils appartiennent à une nation ; avant l’occupation il existait des groupes tribales ou ethniques, des gens qui n’avaient pas la même ethnie, ni la même culture, ni la même origine, ils n’avaient rien de commun entre eux mais vont être dirigés ensemble par un pays étranger colonisateur. C’est la présence des occupants qui va faire germer la notion de nationalisme chez ces gens et grâce au sport et surtout au football en partie. D’après FATES Y. (1997), après le nom, le siège social, la composition du bureau et les règlements, la création des clubs sportifs s’accompagnent du choix de couleurs, d’emblèmes, de symboles… Pour les clubs sportifs musulmans, cette panoplie de signes constitue un instrument de marquage identitaire fonctionnant comme de véritables stigmates dont le choix n’est nullement accidentel. Les signes retenus sont simples et ne nécessitent pas un appareil élaboré de perception et de décodage car ils sont exclusivement empruntés à l’imaginaire et au registre arabo-musulmans, enracinés dans les souvenirs et l’inconscient collectif. Le déchiffrement de ces divers signifiants nous permettra de saisir la place qu’ils occupent dans l’univers sportif du Maghreb coloniale. Durant cette période, les clubs sportifs participent du marquage identitaire des Indigènes dans leur volonté de signifier leur ancrage culturel et de marquer les différences par rapport aux occidentaux. Le nom des clubs sportifs constitue à cet égard des indicateurs de tout premier ordre. En effet, l’attribution d’un nom au club est un acte culturel important. La pléthore d’appellation indique différents niveaux de visibilité du nationalisme.

Certains clubs insistent clairement et paradoxalement sur leur appartenance ethnico- culturelle plutôt que religieuse malgré la présence de la lettre M signifiant musulman comme c’est le cas des Unions Sportives Musulmanes (USM de Casablanca et USM d’Oujda ). On retrouve aussi des Espérances, des Jeunesses, des Olympiques. Enfin, on trouve des clubs au

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nom explicitement arabe qui peuvent se subdiviser en deux sous-catégories. La première est celle de la simple traduction en arabe de termes européens. On retrouve les Widad (entente), les riadha (sporting), l’Ikbal (prospérité), l’Ittihad (l’union), etc. dont les appellations ne semblent pas avoir de significations secondes. Cela ne semble pas être le cas de la deuxième catégorie de clubs au nom arabe qui reprend des termes à forte connotation symbolique tels que Hilal (croissant), Nasr (victoire), et Mouloudia. Cette catégorie est la plus intéressante à analyser car elle est chargée de sens, même si ce sens est à rechercher dans l’ancrage culturel des clubs, et dans l’histoire arabo-musulmane.

Les clubs reprenant le terme Hilal – qui signifie nouvelle lune (croissant) – appuient cette ligne de force. Le Hilal indique une obligation religieuse, un des cinq piliers de l’Islam. Y recourir pour l’appellation d’un club renvoie en conséquence à un signe d’appartenance à l’Islam. Le terme Nasr signifie victoire. Il évoque les victoires du Prophète sur les Infidèles, victoires perçues par les musulmans comme une justification de la foi que Dieu leur accordait. Quant au terme Mouloudia, il provient du mot «Mawlid» ou Mouloud. Il correspond à la célébration de la fête de la nativité du Prophète Mohamed. Mawlidiyya est un poème composé en l’honneur du Prophète à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance et déclamé lors des cérémonies qui marquent la laylat al mawlid (veille du mouloud). L’appellation de ces clubs sportifs est une expression identitaire dont l’Islam est le socle. Cette évocation de la naissance du Prophète et de la forme poétique qui lui est consacrée, en prenant la forme d’un club sportif, atteste tout autant d’un geste de déférence envers le Prophète qu’une revendication identitaire vis-à-vis des européens chrétiens. Outre ceci, l’écriture du nom du club souvent en langue arabe sur le maillot ou sur le drapeau (fanion), est aussi un symbole d’appartenance à une communauté et de différence ou de rejet en même temps par rapport à une autre.

De la sorte, le football devient un instrument aux mains des colonisés leur permettant de célébrer cet anniversaire. Cette nouvelle forme de la fête musulmane devient par la force des choses une fête politique, celle de l’Islam, celle de l’unité arabe. Tous ces clubs sportifs deviennent les moyens de défendre l’identité culturelle, l’expression d’un rattachement aux traditions religieuses, d’un retour aux sources afin d’éviter la francisation et la dissolution dans l’Autre. Ils veulent une reconnaissance de leur différence et une manifestation d’altérité. Car les noms des clubs musulmans indiquent une revendication identitaire et culturelle plus qu’une appartenance religieuse.

A côté du nom du club, la tenue sportive apparaît comme le support privilégié pour marquer la distinction entre groupes d’individus, entre équipes sportives indigènes et équipes européo-française. Le système vestimentaire sportif va remplir une fonction fortement emblématique pour les Musulmans. Cette tenue atteste immédiatement de l’appartenance à l’une ou l’autre des communautés. Elle construit l’évidente visibilité de l’opposition. Cela se traduit tout d’abord par l’usage de symboles. Parmi les plus usités, se trouvent le croissant et l’étoile à cinq branches. Ils ornent le papier officiel des clubs, les fanions et bien entendu les équipements des joueurs. On les retrouve chez beaucoup de clubs mixtes ou totalement musulmans.

Croissant et étoile se conjuguent chez la plupart des clubs musulmans de manière à rendre compte d’une double singularité : singularité des clubs musulmans entre eux, mais surtout singularité vis-à-vis des clubs européens. Le croissant – motif décoratif appartenant au répertoire ornemental oriental ancien – est devenu à l’époque Ottoman (1510-1923) l’emblème de l’Etat islamique. Se retrouvant sur les maillots et comme motif de décoration des fanions, donc sur des éléments profanes, on ne peut associer à cet emblème une signification religieuse majeure. Il est un signe culturel plutôt qu’un élément du culte comme le serait la croix dans le christianisme. De même, l’étoile à cinq branches se retrouve sur les drapeaux nationaux de certains pays arabo-musulmans où elle est souvent associée au croissant de lune. Sa place est importante dans la symbolique musulmane (elle est citée dans le Coran une douzaine de fois).

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Ces symboles soulignent avec force la transgression de l’ordre social colonial. Ils instaurent un système différentiel. Un costume de sport portant ces symboles est fortement marqué, donc efficace. Et son efficacité est d’autant plus forte qu’à côté du nom et des symboles, les couleurs sont au centre de l’identité. Elles en sont les marques les plus ostentatoires.

Les couleurs dominantes des associations sportives musulmanes sont le vert, le rouge et le blanc. La couleur verte est le symbole de l’Islam par excellence. Elle est la couleur privilégiée du Prophète Mohamed et ses compagnons, d’où son caractère sacré. C’est la couleur de l’étendard des armées islamiques et de nombreux pays musulmans ont adopté le vert dans le drapeau national. En conséquence, elle bénéficie d’une faveur toute spéciale auprès des clubs sportifs musulmans. Elle atteste de vraies tendances particularistes. De même, le blanc et le rouge se voient attribuer des significations dans la mythologie musulmane. La couleur blanche est la couleur aimée et portée par le Prophète Mohamed. Quant au rouge, il est également prisé par le Prophète. Il symbolise la vie. C’est une couleur qui revient dans les usages vestimentaires et la décoration. Les couleurs des clubs qui s’inspirent de leur symbolique, donneront plus tard naissance à l’emblématique de la ville, du quartier.

Tous ces marqueurs de l’identité des clubs ne furent pas interdits par la colonisation. Ces signes cohabitaient avec ceux de la puissance colonisatrice, dont les couleurs dominantes étaient le bleu et le rouge du drapeau français. La sociologie du costume sportif indique donc que celui-ci n’est pas neutre. On ne s’habille pas pour faire uniquement du sport, mais on porte les couleurs du club qui éveillent des idées et des sentiments patriotiques, à l’instar de l’uniforme du soldat. Dans le cas des clubs musulmans, porter les couleurs de l’équipe fanion est non seulement un signe distinctif, mais surtout une manifestation de fierté, un honneur.

Tous ces signes allégoriques renvoient à une réalité difficilement présentable et constituent l’aspect poétique du symbole, faisant appel au langage (appellation des clubs, chansons) et à l’image (insignes, couleurs). Leur juxtaposition rassemble les éléments signifiants du costume sportif et contribuent à désigner les clubs musulmans. Noms, sigles, couleurs, symboles fournissent des indicateurs certes partiels mais qui permettent de constater la capacité donnée aux Musulmans de manifester au plan symbolique leur réalité d’existence et leur déni de reconnaissance. Ces éléments sont d’abord d’expression d’un patriotisme authentique, fait d’un incontestable amour de la terre des ancêtres et la volonté d’en chasser un jour l’usurpateur étranger, «erroumi». Ils se rajoutent aux autres formes de résistance et de patriotisme qui s’expriment sous divers registres tels que la langue vivante, la poésie populaire, la poésie engagée militaire, les chants, les «nachid», repris sur les gradins des stades, ou encore au théâtre. Ces registres aiguisaient la conscience populaire pour faire contrepoids à l’idéologie dominante qui dévalorisait l’authentique culture musulmane.

Le costume sportif des Musulmans est donc une expression, mais aussi un message. Sur le plan pédagogique, ce pilier symbolique de signes extérieurs est utilisé pour renforcer la conscience identitaire des nord africains. Il s’adresse aux Indigènes qui lui accordent beaucoup d’importance. D’autant plus que couleurs, symboles et noms de clubs assurent une fonction d’identification qui repose sur un trait socioculturel de différenciation, tout en véhiculant des signes d’identification confessionnelle marquant le rattachement à l’Islam. Malgré les réticences des musulmans orthodoxes, il s’est produite petit à petit une appropriation du football par le mouvement nationaliste naissant. Les clubs, avec leurs chants, leurs couleurs, leurs insignes, sont devenus des endroits où se forgeait la conscience nationale, le sentiment identitaire.

De l’indépendance à nos jours :

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Le Maroc comme certains pays d’Afrique, a récupéré ses terres occupées par les colons en 1956. Malheureusement, les dirigeants marocains qui allaient succéder aux colons dans le domaine sportif, n’avaient pas encore les compétences pour pouvoir développer, diriger et gérer le sport de façon indépendante. Peu de changements ont été réalisé dans ce domaine depuis l’indépendance jusqu’au début des années 80, de très rares constructions si ce n’est celles laissées par les occupants pour la pratique de sport de distraction et de compétition Le sport scolaire n’a pas été épargné de cet attachement à l’ex-occupant. Une dépendance institutionnelle a été imposée aux marocains le temps de subir des formations dans le domaine sportif et le temps de prendre conscience par les autorités de l’utilité de cette discipline nationale et son développement, des compétences de la jeunesse marocaine qui pourrait représenter son pays de façon honorable dans des manifestations internationales si elles possédaient les moyens et les cadres adéquats. Vers les années 80, le sport a eu une autre dimension sociale, il est devenu un phénomène de société, l’intérêt porté par feu sa Majesté le roi Hassan II au sport ainsi que l’organisation des Jeux Méditerranéens par le Maroc ont suscité dans la société marocaine une révolution qui va donner, pour la première fois naissance à d’autres disciplines sportives sur la scène nationale puis internationale et nous passons à une reconnaissance du sport en tant que phénomène de l’Etat cité comme modèle de la société lors des discours royaux.

De l’indépendance aux années 80 :

Dès le lendemain de l’indépendance, l’activité sportive fut alternativement placée sous la tutelle d’un certain nombre d’autorités gouvernementales: d’abord le « secrétariat d’état » entre décembre 1955 et octobre 1956, elle reprit la dimension d’une « direction » rattachée au Ministère de l’Education Nationale (M.E.N.) jusqu’au juin 1961, avant d’être érigée en « Haut Commissariat » jusqu’au mois de mars 1963. Dès le mois d’avril de cette année, divers ministres se succédèrent à la tête du département chargé des sports. Il a fallut attendre longtemps pour parler du sport marocain. C’est à partir de l’indépendance que l’affirmation de l’Athlétisme marocain s’est concrétisé, malgré le manque de moyens, de supports et d’infrastructures adéquats, par le rendement de certains athlètes marocains lors des rencontres internationales comme les Jeux Olympiques qui fut récompensé par une médaille d’argent au marathon de Rome en 1960 par l’athlète « Abdeslam RADI », ainsi que lors des championnats du monde de cross country où les athlètes marocains étaient fidèles à leurs traditions en remportant des titres prestigieux de champion du Monde comme celui de « Abdeslam RADI » en 1960 à Glasgow et celui de « Benassou EL GHAZI » en 1966 à Rabat de même que les très bonnes places remportées par la sélection nationale marocaine lors des cross des Nations, la seconde place à Sheffield en 1962 et à Cambridge en 1972 et s’est contentée de la troisième place à Dublin en 1964 et à Rabat en 1966. Cet athlétisme marocain a pu s’imposer aussi au niveau méditerranéen, arabe et africain par des médailles ou des records.

Il y a eu aussi, dès l’indépendance, la création de la fédération royale marocaine de football (FRMF), le championnat national a été lancé et la création d’une épreuve nationale basée sur le système éliminatoire appelé «Coupe du Trône» qui a été remporté deux fois de suite, la première fois par le mouloudia club d’Oujda (MCO) ville frontalière avec l’Algérie d’où elle tien son nom de mouloudia, un club composé de joueurs marocains et algériens natifs ou résidants la capitale orientale. Le football qui représentait la fierté de tous les marocains, suite à la meilleur prestation de certains de ses joueurs au sein des clubs étrangers européens en particulier dans lesquels certains ont brillé par leur technique et leurs qualités physiques et morales exceptionnelles, n’a pas été à la hauteur de cette attente de la part du

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public marocain lors des manifestations internationales, ses résultats irréguliers ont poussé les responsables à faire appel à des cadres européens pour pouvoir propulser ce groupe vers une réussite, pour une participation dans des grandes organisations internationales. Sous la direction de l’entraîneur yougoslave Vidinic, l’équipe du Maroc a réussit un bel exploit face à des équipes de renommé mondiale en coupe du monde de Mexique en 1970, une petite équipe qui aux yeux de tout le monde représentait le continent africain pour la première fois dans l’histoire de la coupe du monde de football, allait faussé tous les pronostics des organisateurs, des responsables et des spectateurs face à l’équipe allemande. Alors que dans les autres sports techniques, leur découverte continue son chemin sur tout le territoire marocain avec une apparition très timide au niveau national, arabe ou continentale. Il faut dire que pendant cette période le sport ne faisait pas la priorité du programme politique de l’Etat, les marocains avaient besoins d’autres nécessités pour survivre. Durant cette période cruciale, nous ne devons pas oublier le rôle qu’a joué le sport militaire dans le développement de cette culture au Maroc. Le sport militaire bénéficiait d’un service spécial dans le recrutement et la formation d’une manière professionnelle, les recrus étaient rémunérés en tant que soldat dans les forces armées royale du moment qu’il accomplit son devoir de bien se préparer pour représenter efficacement sa nation comme un vrai soldat en état de guerre. Ce sport était très bénéfique à la formation des sportifs de haut niveau dans certaines disciplines sportives comme le football, l’athlétisme, la boxe, l’équitation,…. Et tout ceci grâce à l’intérêt que portait feu sa Majesté le roi Hassan II et aussi grâce à la politique sportive appliquée au sein de ce ministère et qui a prouvé de son efficacité grâce aux résultats distingués de ses sportifs lors des grands événements sportifs militaires et civils.

Des années 80 à nos jours:

Une évolution considérable des supports de l’activité sportive en général a été enregistrée au cours de cette période. Sur le plan matériel, l’inauguration de divers complexes sportifs bien équipés a aidé les clubs sportifs à enregistrer de sensibles améliorations : pour exemple le nombre de licenciés sportifs qui a beaucoup augmenté (165000 licenciés en 1996), ainsi qu’à la très bonne participation des athlètes marocains aux grandes manifestations sportives, comme le championnat du monde d’athlétisme à Helsinki (1983), les jeux méditerranéens de Casa (1983), les Jeux Olympiques de Los Angeles (1984), la coupe du monde de football au Mexique (1986), … Il découle de ces événements la création d’une nouvelle structure dans le Ministère de la Jeunesse et des Sports (M.J.S.) qui est la « Direction des Sports » et qui s’occupe entre autre de la formation des élites sportives, de la préparation des sélections sportives nationales, de leur participation aux compétitions sportives internationales ainsi que l’insertion socioprofessionnelle des sportifs.

Les efforts consentis depuis l’indépendance pour la formation des sportifs et l’implantation des équipements ne cessent de continuer avec la création de « l’école nationale d’athlétisme » qui continue à alimenter l’équipe nationale du demi-fond et fond, ses athlètes représentent le Maroc lors des grandes manifestations sportives internationales. Cependant, le nombre d’installations sportives implantées par le M.J.S. qui est le service responsable, reste incapable de subvenir aux besoins de la jeunesse marocaine, surtout les moins de 25 ans qui constituent à peu près 60% de la population et s’orientent vers la pratique sportive pour plusieurs raisons: Taux de chômage est concentré dans la tranche d’âge 15 à 25 ans (56% en 1992); Développement des loisirs pour combler l’oisiveté de la population; Divertissement de la jeunesse passive; Notion éducative aux jeunes désœuvrés.

Ainsi le M.J.S. ne perçoit que 0,6% du budget de l’état, selon DRONET Karim (1997), un dernier recensement montre que: 196 installations sportives appartiennent au M.J.S., contre 2900 qui appartiennent au M.E.N., 621 aux communes et 460 au privé. Tous ces

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moyens restent insuffisants pour répondre à la demande de la jeunesse marocaine en matière de pratique sportive, un bon nombre de jeunes gens se retrouvent ainsi dans les quartiers, au milieu de la chaussée ou encore sur les plages et dans les terrains vagues. Donc on peut dire que le sport marocain, malgré ses résultats positifs à l’échelon international grâce à la récolte de quelques médailles par une élite sportive en athlétisme et plus particulièrement en demi-fond, fond et cross country; manque encore visiblement de moyens pour se développer et contribuer à l’épanouissement de sa jeunesse.

Il faut dire que les médailles rapportées par Nawal ELMOUTAWAKIL et Saïd AOUITA lors des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 ont donné un autre souffle au sport au Maroc et en particulier l’athlétisme, l’inauguration d’une nouvelle ligne ferroviaire d’un train rapide reliant Rabat à Casablanca a eu le mérite de porter le nom de ce dernier champion et c’est à lui que revient le mérite aussi de s’occuper de l’école nationale d’athlétisme en ses début avec la détection de nombreux athlètes qui ont très bien représenté le pays à l’échelon mondial, puis il a été écarté suite à des malentendus internes par d’autres cadres marocains. Ces deux premiers athlètes ont du s’expatrier pour réussir, l’une aux USA et l’autre en Europe, étant entre les mains des cadres compétents étrangers, ils sont devenu des modèles des autres jeunes talentueux au Maroc plus tard. Pendant cette période plusieurs scandales ont secoué le monde de l’athlétisme marocain au point de douter de la réussite de ses champions comme le problème du dopage au niveau externe, et un second problème qui menace ce sport au Maroc et qui devient une solution de certains talents c’est celui de la fuite des doués pour chercher un avenir certain auprès d’autres pays, dans les autres continents, possédant les moyens de les valoriser et de rassurer leur avenir.

Concernant le football, dès le début des années quatre-vingt, on a essayé de renouveler la sélection marocaine par une autre plus jeune suite à une succession de défaites, cette nouvelle formation débuta son parcours international par une participation au championnat d’Afrique en 1981 où elle occupa la troisième place par manque d’expérience. Après une succession d’entraîneurs marocains et européens, juste avant les jeux méditerranéens à Casablanca qui représentaient un grand enjeu pour les responsables, la responsabilité est confiée à des cadres brésiliens qui ont réussit un bel exploit avec la nouvelle formation et ils ont gagné les IXème jeux méditerranéens, puis la direction a été confié à un autre cadre brésilien FARIA grâce à qui la sélection marocaine a continué ses réussites avec une très bonne démonstration lors de la coupe du monde du Mexique 1986 après une réussite au cours de laquelle elle a été la première équipe africaine à franchir le premier tours de cette coupe dans l’histoire du foot. Après une rechute du niveau internationale de la formation marocaine, des cadres marocains à qui on a confié la tâche pour diriger cette sélection vers un meilleur niveau, il faut attendre 1994 où l’équipe du Maroc a obtenue son billet de départ vers la coupe du monde de football aux USA, malheureusement sa représentation a déçu les fidèles du football marocain et depuis lors on est toujours à la recherche de cadres et des talents permettant une excellente représentation du pays dans les manifestations internationales, mais pour atteindre ce niveau il faut se doter des moyens, des compétences et d’une vraie politique du sport au Maroc et non pas d’une politique occasionnelle et à court terme.

Le Maroc a aussi connu une révolution dans d’autres sports tels que le tennis, la boxe, le rugby, la natation et les arts martiaux en particulier dans les grandes villes comme Casablanca et Rabat qui ont connus une rénovation et de nouvelles constructions sportives pour l’organisation des jeux méditerranées et des jeux panarabes. Une politique de construction beaucoup plus étendue comme dans les pays développés pourra offrir au Maroc de nombreux champions aptes à monter sur l’une des marches du podium dans les organisations internationales du fait que ce pays est très riche en jeunesse talentueuse et qui a montré ses compétences dans plusieurs domaines malgré le manque de moyens dont ils disposent. Le sport scolaire s’est développé, lui aussi, de façon très rapide lors de cette seconde phase, des installations nouvelles ont été construites, dans le cadre de la lutte contre

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l’analphabétisme, il y a eu un élargissement des établissements scolaires dans des zones difficiles (rurales) qui ont permis à une large population très jeune de découvrir le sport et de le pratiquer en dehors de l’école. Plusieurs champions ont été aussi orientés ou découverts grâce aux compétences des professeurs de sport. Ces derniers sont considérés comme étant les premiers agents de socialisation à la pratique sportive au Maroc (ZERZOURI S., 2002), malgré une restriction d’activités sportives enseignées à cause des moyens manquants par rapport à l’ensembles d’activités enseignées dans les pays développés.

Conclusion:

Le Maroc possède une histoire très riche et ancienne dans le domaine des activités physiques. Il est parfois difficile de prouver leur existence beaucoup plus loin dans le temps par manque de littérature, mais si la France qui a occupé le Maroc un peu plus d’un demi- siècle a importé sa culture et a réussi à l’inculquer au peuple occupé, que peut-on dire des autres civilisations qui possédaient énormément de loisirs et des jeux physiques qui faisaient partie intégrante de leur mode de vie et qui s’y sont installées pendant plusieurs siècles ?. Ces pratiques physiques de l’ancienne époque avaient des objectifs variables dans le temps mais tous utilitaires, au début, ils étaient pratiqués au Maroc dans un but de survie et militaire, puis après l’occupation romaine, ils ont pris un autre sens qui est celui du spectacle au cours duquel le participant devait être un bon soldat pour survivre lors des combats sanglants, en passant par les musulmans qui ont donné un sens moral à la préparation physique pour se défendre et défendre les intérêts de l’Islam, certaines pratiques ont connues plus de vogue pendant cette période comme les courses de chevaux, l’escrime, le tir à l’arc… Enfin avec l’arrivée des français au début du XXème siècle, les activités physiques et sportives nouvelles ont servis au citoyens marocain pendant l’occupation de s’émanciper, leur identité et leur appartenance à une nation aussi forte et aussi habile. Le sport est devenu un vecteur de nationalisme. Après l’indépendance, nous pouvons citer beaucoup de sportifs marocains et parler du sport au Maroc mais il est difficile de parler de sport marocain puisque les cadres étaient encore des européens et les installations sportives étaient celles construites par les occupants, ce n’est qu’après les années 80, qu’on peut parler de sport marocain. Nous pouvons constater aussi que le rôle de la femme marocaine était très réduit dans ce domaine malgré la participation et la réussite de quelques noms qui sont devenus des modèles pour les générations ultérieures et que l’histoire du sport marocain vient de commencer avec une pratique beaucoup plus étendue malgré le manque de moyens et d’intérêt que portent certains responsables à cette nouvelle discipline sociale.

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